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“FABRIZIO RUFFO RIVOLUZIONE E CONTRORIVOLUZIONE DI NAPOLI” scritto da Barone Von HELFERT Vol. Terzo (VIII)

Posted by on Mar 30, 2025

“FABRIZIO RUFFO RIVOLUZIONE E CONTRORIVOLUZIONE DI NAPOLI” scritto da Barone Von HELFERT Vol. Terzo (VIII)

(Risposta dell’impératrice alla lettera scrittale dalla madré nella prima metà di dicembre).

COPIA

Sur ce que vous avez daignée m’écrire au sujet des affaires, que puisje, hélas! vous dire! J’ai d’abord exposée à mon cher mari votre triste situation et votre souhait d’avoir un prompt secours actif, que ses troupes agissent. A ceci, chère Mère, je puis vous répondre que malgré l’attachement sincère qu’il a pour vous, mon cher Père, l’intérêt qu’il a de’ voir vos États point ruinés, if est Père, Souverain de’ Ses Sujets qu’il doit ménager. La saison si peu propice cette année, les terribles neiges empêchent d’agir, la malheureuse perte du Prince d’Orange, le choix si difficile d’un bon brave Commandant, tout ceci sont des malheureux retards agissant à présent, la campagne ne pourrait avoir de’ durée et pourrait avoir de’ mauvaises suites ce qui, au lieu de’ vous servir, pourrait devenir dangereux. Ce qu’il pourra vous donner, boulets fusils, connaissant son cœur, je suis sûre qu’il le fera avec plaisir, pour les troupes c’est impossible, premièrement il n’y en a de trop que nous puissions òter, et puis on n’en donne ici à aucune Puissance même alliée en solde. Pour ce qui regarde le parler, faire parler à Paris, à l’armée française pour leur en imposer, cela ne se peut faire que les armes à la main et tout prêt pour qu’en cas de’ refus impertinence on agisse, et nous revenons au premier cas. Mon cher mari n’a sûrement de’ canal ouverture négociation de’ paix, hormis Rastadt qui est comme chef de’ l’Empire, il voit bien qu’avec ces misérables aucune paix n’est stable, solide, mais la guerre il ne peut la faire que quand il est sûr de pouvoir la continuer avec honneur succès, et finir par les mettre en leurs bornes et aussi nous procurer à tous du repos.

1.

Napoli 21 Xbre 1798.

Carissimo Genero! Perdonerete se sono breve, ma non mi è possibile farlo altrimenti. Vi chiedo in primo luogo scusa se immediatamente non ò risposto alla Vostra lettera del 15 dello scorso, ed in secondo luogo vi prego a rapportarvi a quanto in mio nome vi esprimerà Gallo, che mi sono veduto nell’obbligo d’immediatamente dover spedire. Siate intanto certo che in ogni luogo tempo ed occasione mi troverete sempre lo stesso Vostro Affezionatissimo Suocero

FERDINANDO B.

1.

Mon bien cher fils et neveu, ce sera le Marquis de’ Gallo qui vous apportera cette lettre et vous instruira à voix du malheur qui nous accable. Il est inconcevable tout ce qui est arrivé en l’espace de 4 semaines, j’en suis si étourdie que je ne puis me remettre; il vous prouvera, s’il vous parle comme à nous, que nous n’avons pu faire autrement, menacés d’un moment à l’autre d’une invasion. Les Généraux à Rome, les magasins aux frontières faites, et s’il fallait être battu de’ cette manière il vaut encore mieux que cela ait été en Romagne qu’à la frontière, avant au moins le temps de nous reconnaître; de’ 64 Bataillons il n’en reste que 10, tout le reste est fui dispersé prisonniers fuyards, j’en meurs de’ honte et voudrais être morte avant ce malheur. Le Malheureux et brave Général Mack, dont le courage l’activité surpasse toute idée, est venu ici à perdre sa glorieuse et justifiée réputation, ceci me déchire l’âme. Nous sommes complètement malheureux, les fuyards arrivent en grand nombre, toute la ville est découragée, le peuple crie hurle se ressemble, mais dit vouloir saccager punir les Jacobins internes, non châtier les combattre, c’est à dire il voudrait saccager avant la venue des Français et ceci est une populace très nombreuse. Hier ils coururent en foule de’ milliers sur la place à faire sortir le Roi sur la fenêtre: «Vive le Roi! Vous ne partirez point! Nous voulons faire main basse sur les Jacobins!»… c’est à dire un massacre, des passions privées, et cela avec une infâme troupe qui ne résiste à rien. Va tout cela noue avons notre peu de’ marine armée en Rade l’amiral Nelson lui seul et quelques vaisseaux Portugais: nos autres batiments 4 vaisseaux frégates corvettes sciabecques galiotes et 120 chaloupes canonnières et obusières se forcent à armer avec la double pave personne ne veut venir, les matelots répondent: Voglio vedere che succédé a casa mia. A tant de’ lâcheté viltà trahison, il faudra brûler une marine qui a coûté des millions pour ne pas laisser cette défense et arme à l’Ennemi qui en profiterait de’ venir en Sicile. Nous comptons et devons en dernière analyse y aller, mais il est très douteux si on le pourra et si les scènes de’ Varennes avec toutes leurs suites, car il y a beaucoup de’ tumulte et fermentation (550). Nous sommes 12 de’ seule famille, y comptant les deux vieilles Mesdames de’ France que l’honneur et probité nous oblige de’ sauver. Nous voulions défendre le pays pas à pas dans toutes les provinces, le retenir, espérant de’ Dieu, de’ vous un secours, mais avec des troupes infâmes qui dans 7 ou 8 occasions se sont enfui, criant Salvo chi puole, avant des forces très inférieures aux nôtres, que peut on espérer! En Abruzzo Teramo et l’Aquila, c’est à dire deux Capitales et entières Provinces sont déjà dans leur main, et ils y plantent d’abord l’Étendard tricolore et révolutionnent; chez nous je crois qu’on les déteste, mais la crainte est si grande, la noblesse ne fait rien que blâmer tout ce que fait le gouvernement, le militaire et la marine est douteuse, le peuple lâche licencieux, voulant piller avant que les Français le fassent, il faut tenir avec le canon les matelots à bord, car tous veulent s’enfuir…. Mack a déjà écrit en trois ou 4 lettres que pour l’amour de’ Dieu on aille en Sicile, qu’il fait ce qu’il peut pour allonger la retraite et nous en laisser le temps, mais qu’il n’a pas 3000 hommes à s’v fier, petit nombre de’ bons officiers et blessés hors de’ combat étant resté. Seuls enfin notre lot est déplorable, c’est à vous mon cher fils que nous recourrons, pour moi je vous conjure de’ parler concerter avec Gallo, rien de’ honteux, mieux la mort et la misère (la honte de’ l’arrivé déjà me portera au tombeau), rien de’ contraire à nos alliés, les Puissances maritimes Angleterre Rusais, dont nous sommes de’ nécessité dépendants dans une isle, avant Malthe encore aux Français, et tout le malheureux Royaume de’ Naples, d’où je gémis pensant aux extorsions qu’une poignée de’ scélérats va faire! Le Roi compte y laisser un Vicaire Générale, le gouvernement en ordre et partir, si les circonstances pressent sur l’amiral Nelson et les Portugais, se fesant suivre des Napolitains en rade, et ce qui ne peut marcher on le brûlera. Enfin je vis encore et en suis étonnée, honneur, gloire existence état, voilà tout détruit et à jamais, car l’honneur ne se raquére plus. Noua aurons un 6me de’ nos rentes et une famille nombreuse. voir les pleurs de’ tant de’ malheureux qui vont tout perdre me déchire l’âme et je doute d’y survivre, d’ailleurs la réussite de’ notre embarquement est très douteuse et pourrait être funeste, car on ne veut pas notre départ, aucune classe, mais nous tenir en otage et forcer à prier les conditions de’ ces Scélérats, ce qui se réduirait à garnison dans Naples et tout ce qu’il y aurait de’ plus infâme, pire que Turin, la haine pour nous et le butin à faire étant bien plus fort. Enfin voilà notre malheureuse position, toute ma chère famille est en transes et prières, votre chère Soeur, qui me déchire l’âme de’ l’avoir entrainé dans notre malheur, me fait bien peur, elle a une petite fièvre continuelle, mais qui ne la force point au lit, une toux sèche et est très défaite, sa petite avance, mais lentement: emporter secrètement tout cela de’ nuit, avec tous nos gens à l’affût pour savoir le moment et le divulguer, tout cela est d’un danger à faire frémir. J’aurais préféré envoyer la famille, et nous rester, mais comme malheureusement on ne peut se fier qu’à peu de’ vaisseaux, les nôtres, les équipages et même quelques officiers se montrant très mal, cela ne laisse aucun autre moyen. Dans ce moment d’hiver les temps sont affreux, il faut voir si nous arriverons tous en vie, j’en doute fort pour moi, je ne désire conserver le mienne qu’autant qu’il faut pour sauver mon malheureux honnête homme de’ mari, mes enfants, le peu de’ gens attachés à notre malheureux sort, les établir dans notre précaire petit sort et ensuite finir mes jours dont les dernières années, et le coup à mon âme et cœur, je ne puis relever, aussi j’ai renoncé au monde, à la réputation, femme, mère, et me prépare à mourir à une éternité que je désire, voilà ce qui me reste. Gallo vous expliquera ce qui est notre situation, ce que vous pouvez faire sera un bienfait pour le futur, pour nos pauvres Enfants qui méritaient un meilleur sort, mais notre malheur est assuré. Enfin Dieu sait dans cette isle à la pointe de’ l’Europe quand et comment nous recevrons de’ vos nouvelles; séparés du monde entier, croyez que, si nous prenons cette fatale fatalissime résolution qui me sépare du monde entier, ce ne sera que pour la sûreté de’ vie, honneur de’ ma famille, par les insinuations et conseils d’un homme ¡aussi brave que Mack (que je vous conjure à genoux de’ toujours considérer), car il est victime avec nous et par nous. Enfin ne croyez ni lâcheté ni viletà en nous, cette idée seule me tue, croyez que je saurais et aimerais de’ mourir, mais je suis mère et femme, épouse et dois penser à cela. Enfin je vous conjure, faites ce que vous pourrez pour nous! ce beau riche fertile pays, de’ ma vie je ne reviendrai de ce malheur, et je suis sûre que j’y succomberai. Je vous recommande ma chère fille, son dévouement attachement unique pour nous fait ma consolation, je la sais une brave femme, bonne mère, que Dieu la bénisse de’ même que vous et vos Enfants. Ressouvenez vous quelquefois de’ moi, je l’ai passionnément aimée, et mon désir était toujours de’ la revoir un jour, Dieu en a destiné autrement, j’adore Ses divins décrets avec une humble résignation, mais je vous conjure, aimez sauvez mon mari Enfants État, et croyez moi jusqu’après ma mort votre tendre bien attachée Belle-Mère Tante et amie

CHARLOTTE.

le 21 Xbre 1798.

(551) Je vous conjure la dernière fois de’ ma vie peut-être, avez amitié attachement pour mon mari enfants, pour un pays faible peureux, mais peut-être bon, mais ne me taxez ni de’ vile ni de’ craintive, mais de bien malheureuse mère et tante. Adieu je vous bénis

P. S. —

à 9 heures le 21.

(552) Pour vous dire tout, durant que j’écrivais à votre femme (553), est venu le peuple en fureur, en foule, à tirer un homme sous les balcons qu’il disaient Jacobin, j’ignore qui c’est, mais c’est un mauvais commencement, le Roi est sorti au balcon, a montré son indignation, le peuple a battu les adjudants en effréné, le Roi a crié grondé, et pour le moment c’est dissipé, mais le danger est terrible, d’un instant à l’autre les fuvards blessés arrivent, le peuple en fureur, sans raison, Dieu veuille nous aider, au bord une fois sauvés vous saurez que nous sommes sauvés, mais malheureux et déshonorés!

à 3 heures.

(554) Le tumulte est un peu calmé, on demande châteaux armes, mais cela recommencera plus tard sûrement. Les tués ont été des malheureux émigrés, mais on voulait tuer aussi le Chef de’ Police, homme doux honnête, parceque, disentils, il nous enferme. Enfin notre danger est imminent, mais Dieu veuille nou sauver. Je vous recommande ce qui de ma famille survivrai

du Bord Vanguardia (555).

Nous voilà tous sauvés, mais quelle douleur! Les massacres avant continué aux Emigrés, le peuple a tumultué, la troupe à ne s’v pas fier, les matelots à nous à se révolter et ne pas vouloir obéir, il a fallu prendre la cruelle résolution. Nous sommes descendus avec le plus grand secret, 10 de’ famille, à l’obscur sans femmes ni personne, personne ne le savait, et en deux bateaux, guide Nelson, Nous sommes à bord, fils 3, filles 3, belle-fille, son enfant, le Roi et moi, les deux pauvres vielles dames françaises iront à Manfredonia, car on n’ose plus risquer de’ les faire voir, car le peuple est en fureur. Enfin voilà le terrible cas arrivé, Dieu veuille préserver Naples de’ malheurs, je n’oublierais jamais Naples où j’ai vécu 30 ans, Dieu veuille faire qu’aucun massacre arrive, ni d’amis ni d’ennemis, je ne vivrai qu’alors que je saurai tout le monde assuré. Je vous recommande mon cher Royaume de’ Naples, je vous prie pour Mack, estimez-le, il est malheureux. Si les deux malheureuses vieilles ne pouvaient venir en Sicile et devraient venir à Trieste, avez pitié d’eux, donnez leur une ville, un endroit, nous tâcherons de’ leur donner à vivre, hélas je sens si fort ce que c’est le malheur! Je me recommande moi, ma famille, sortie de’ notre beau et bon pays, ah faites nous y retirer (556), je ne désire que cela, me retirer du monde et finir mes jours en paix. Adieu, la plus malheureuse attachée Belle- mère et Amie.

(557) Grâces a Dieu nous sommes à bord, mon très cher frère, vous ne pouvez croire quel regret nous avons quitté Naples, ce beau et superbe pays, et toutes mes connaissances. Mon unique consolation est de’ voir toute la famille sauvée et d’être au milieu d’eux, car ils me comblent, moi et mon enfant qui se porte à merveille, d’amitiés. Je ne doute pas, mon très cher frère, que vous ne pensiez aux moyens de’ nous faire rentrer à Naples, vous l’avez promis et ne pouvez manquer à votre parole, je ne suis sûre. En attendant je vous embrasse, vous votre femme et vos enfants et suis pour la vie Votre tendre Soeur et Amie

CLÉMENTINE.

17

Ma bien chère Enfant, le Roi votre cher Père estimant envover un Courrier à Vienne et Londres, j’en profite avec empressement pour vous écrire, quoique certes je ne puis rien vous dire que de’ triste après tous nos malheurs, que je n’ai même plus le courage de’ vous répéter: fuite départ tempête, perte de’ mon fils Albert en huit heures de’ temps, manque de’ tout. J’ai été deux jours sérieusement malade avec forte fièvre, mais je l’ai encore supéré, il ne me reste qu’une forte toux et je ne puis un peu reposer la nuit qu’avec des opiat. Votre cher Père se porte grâce à Dieu bien. François a fièvre et mal de’ gorge. Ma belle-fille, qui depuis sa couche ne s’est jamais remise, a l’autre nuit craché deux mouchoirs plein de’ sang, le médecin l’a mise à entier régime de lait qu’elle supporte bien, et l’a forcé de’ rester au lit ce qui fait que depuis deux jours les fièvres et sueurs journalières ne sont pas venues, ———————

—— (558) je ne m’y entends point ni au mal ni aux remèdes qui ont été la mauve et actuellement une pommade de’ Goulard, car en 17 enfants cela ne m’est jamais arrivé. Vos sœurs et Léopold sont tous défaits de ce que nous avons souffert et souffrons encore, car il ne passe point de’ journée que nous n’avons quelques sursauts et chagrins des nouvelles de’ Naples, où de’ tous les còtés l’ennemi s’avance. Nous manquons de’ tout, nos rentes de’ trois quarts anéantis, presque rien sauvé, il faut nous fournir de’ tout et le cœur me saigne de’ ce qu’il faut rendre et voir tant des gens malheureux, mais enfin tel est notre sort actuel et il faut plier la tête aux Décrets de’ la Providence. A Naples la noblesse se conduit au plus mal et empêche toutes les bonnes dispositions à prendre, le peuple est le mieux, la noblesse veut la paix, capituler s’humilier, se faire faire la loi des Français plutòt que de’ contribuer ou de’ risquer eux en armant le peuple, enfin tout y est complète confusion et aucune bonne volonté, cela nous perdra certainement. Les Siciliens montrent jusqu’à présent beaucoup de’ bonne volontà et zèle, c’est à désirer que cela continue; mais tous les moyens nous manquent: marine artiglerie, magasin de’ tous les deux espèces, fonderie machines fabrique d’armes, rien n’y est et tout a été trasportà établi à Naples, ce qui fait que tout manque pour la défense«et c’est une cruelle position. Mon unique espoir est que les Français n’étant pas en nombre considérable, tarderont à Naples où leur déprédation trouvera de’ quoi s’occuper, et qu’ils n’oseront s’avancer en Calabre et de’ là en Sicile, crainte des événements à arriver à leurs épaules. Mais tout ceci n’est qu’espoir; j’ai vu arriver des choses si incroyables et étranges qu’on peut craindre de’ tout. J’avoue je ne puis me consoler et mes journées se passent à pleurer, je ne sais ce que tout cela diviendra. Je crains, même suis convaincue, que ma belle-fille a la consomption, je crains pour son jeune mari qui n’est pas bien et qui comme jeune me fait trembler, dormant ensemble; je crains pour mes filles vivant toutes en communauté, et notre actuel état ne permettant guère de’ faire des divisions. Pour moi je suis ruinée, ce dernier événement m’a tué et je n’n reviendrai jamais. Je vis dans un appartement où jamais depuis peu de’ temps qu’il est fait personne a logé, mur frais, sans rien, ni aucune tapisserie ni meubles, cela me ruine; un froid humide à mourir, et en vérità on ne peut se remettre. Ici est un autre pays, on est constitutionnel, le Roi n’a pas un sou sans l’aveu du Parlement, la justice, le tout a des autres régies, et enfin tout est sur un pied très différent, il le faut souffrir et prier Dieu qu’au moins cela nous reste. Pour ce que nous savons de’ Naples depuis notre fatal départ, est que les Ennemis s’étaient rendu maîtres de’ tous les Abruzzi, avaient passé Venafro et de’ différents còtés étaient près de’ Capoue. De ma vie je ne pourrai me persuader ni consoler comme 16(m à 20jm scélérats assujettissent conquérent 4 millions d’âmes qui ne les veulent point chez eux! Cela me passe et désole, enfin je prie Dieu de’ ne point en perdre la cervelle. Je ne puis que me recommander vaguement à l’amitié et secours de’ votre cher mari, car notre position est très peineuse et tourmentée. Mandez moi, ma chère Enfant, quand vous comptez d’accoucher pour que je redouble et fasse faire des prières pour vous, c’est tout ce que ma triste position me permet de faire….

(Qui cessa lo scritto per ricominciare sulla stessa pagina più di tre settimane dopo; nell’intervalle cade la seguente alV imperator Francesco, ugualmente interrotta e dopo lungo tempo ripresa).

18

Mon bien cher fils et neveu, je profite d’un Courrier pour vous écrire, je n’ai ni la force ni le courage de’ vous parler de’ notre plus que douloureuse position. Nous sommes à Palerme, recevant chaque jour quelque nouvelle désolante du cidevant Naples, ou voyant venir des fugitifs malheureux, que nous n’avons pas la possibilité d’aider, notre maison qui coulait 600¡m ducati l’année est réduite à 120 ¡m, on ne voit que pleures malheureux, nous avons tous la moitié de’ nos assignements, mes Enfants ont tout perdu: fonds rentes tout enfin, je suis complètement malheureuse«L’armée continue à se conduire infâmement, et la Capitale commence a être très inquiète; la noblesse qui a le plus à perdre est celle qui se conduit le plus indignement, enfin tout est pour se désoler, aussi suisje dans la plus profonde et vive affliction. Votre sœur, ma chère Belle-fille a de’ nouveau craché du sang, et comme elle a une fièvre journalière, sueurs, toux sèche, cela nous alarme; elle a aussi des autres incommodités; on lui a prescrit à une diète de lait stricte, cela va un peu mieux, ou du moins n’a pas empiré. Mon fils a aussi une toux et fièvre journalière, j’espère que ce n’est que rhume. J’ai été aussi obligée deux fois de’ garder le lit, et depuis ma triste arrivée je ne suis allé que prendre la bénédiction à une Église, mais je ne suis sortie nulle part, je ne vis que dans les chagrins larmes et suis complètement malheureuse; on va saccager appauvrir le beau Royaume, en tirer des ressources infinies, corrompre, et jamais plus nous n’aurons ni serons ce que nous avons été, ce sont de’ tristes mais vraies réflexions! Païenne témoigne beaucoup de’ bonne volonté et attachement, mais le site n’est aussi beau que Naples, et puis nous manquons de’ tout, une maison non meublée, étroite, ne voulant ni pouvant faire dépense, en un mot une cruelle vie, mais il faut s’y soumettre. La lâcheté, mauvaise volonté de’ la manne a aussi empêché que l’on ait pu sauver la marine artiglerie munition, richesse en tout genre, personne n’a voulu aider à l’embarquement, et de’ dessus les bâtiments royals armés ils fuyaient, ce qui a forcé de’ détruire Vaisseaux Frégattes Corvettes Brigantines Galéotes et 90 chaloupes canonnières et bombard. ères pour une perte de’ plus de’ 4 millions de’ ducats et de’ 20 années de soins, cela fait mal au cœur, mais c’était une nécessité pour ne le point laisser en mains aux ennemis. L’affaire de’ Piémont est aussi bien triste et joint malheur à malheur, enfin je ne vois guère plus quel remède à tant de’ maux, et pour nous, nous sommes perdus sans guère d’espoirs de’ renaître, aussi ma tristesse estelle à son comble et je ne vis qu’en pleurant. Des nouvelles du monde nous ne savons rien, hors que nous sommes bien malheureux. Mes chers Enfants sont tous souffrants, très défaits, car ils sentent notre et leur position et la cruelle différence, mais leur santà se soutient. — J’espère d’apprendre que Vous et votre chère famille se porte bien, je vous recommande votre chère femme, nos intérêts je les remets à Dieu, à votre amitié, mais c’est surtout mes chers Enfants que je vous recommande. Adieu, soyez heureux.

je Vous souhaite dans cette nouvelle année autant de’ bonheurs que j’y ai eue dans celle qui vient de’ finir de’ mortelles douleurs. Adieu, je me recommande à votre chère amitié. Je dois aussi vous prier de’ ne point diminuer de’ votre estime et opinion du brave et malheureux Général Mack, il a fait ce qu’il était à lui possible, mais soit corruption ou lâcheté tout était en vain. Conservez moi votre chère amitié et croyez moi pour la vie Votrebien attachée Belle-Mére Tante et Amie

Ce 5 janvier 1799.

CHARLOTTE.

19

Le 21 janvier.

Vous verrez par la première date de’ la lettre que voilà 16 jours qu’elle est écrite (559), mais le malheur qui nous poursuit a rendu si constamment mauvais le temps que rien n’a pu passer. Les événements se sont succédés avec tant de’ rapidité que chaque jour nous apportait un nouveau malheur de’ Naples et que vent et mer nous contrariaient d’y pouvoir répondre ou écrire. Enfin je n’ai ni la force ni le calme de’ vous faire la série de’ nos malheurs. Les Français ont toujours avancé vaincu, pris Gaëte sans coup férir, par trahison, avancé sous Capoue. Ils ont eu quelque petit échec auprès de’ cette place et de Cajazzo, cela a ranimé un peu les esprits abattus, quand les Commandants portugais, las de’ tant attendre, ont jugé à propos de brûler toute notre marine et de’ partir. C’est une perte très considérable immense, dont le cœur me saigne et que de’ notre vie nous ne verrons plus reparée; Nelson a mis à son arrivée le Capitain en conseil de’ guerre. Sur ces entrefaites nous arrive la nouvelle d’une armistice faite avec les Français du consentement du Vicaire Général qui n’en avait pas la liberté ni permission, une armistice infâme leur livrant Capoue avec toute son artiglerie munitions, y remettant même la détachée, leur donnant une quantité d’endroits et Provinces où ils n’avaient point encore approché, et les plus riches, leur donnant deux millions et demi dans le simple mois de’ Janvier, fermant les ports des Deux Siciles aux Alliés en guerre contre eux, enfin des impossibilités à permettre. Mais la chose avait été exécutée sans attendre notre ratification ni consentement. Quand nous étions occupés de’ remédier écrire contre cela, arrive sur un petit bâtiment impérial le Vicaire Générale en personne, avec les premiers officiers des gardes; pour un tumulte arrivé la ville, les élus, tous, noblesse se sont constitués gouvernement provisoire et de’ tranquillité publique, démis et òtà authorité et pouvoir à notre Vicaire Général. Pignatelli est aux arrêts sur le vaisseau et pour l’armistice et pour avoir quitté Naples à l’anarchie. Le peuple s’est armé, plus de’ cent mille hommes le sont, ils ont élu un Général à eux, ils ont ouvert les prisons: saccagé la darse, emparé (560) de tous les châteaux, enfin ils sont les maîtres, personne ne nous écrit plus ici un mot, les proclamations ordres s’impriment sans parler du Roi. On dit que le peuple crie Vive le Roi, vive St. Janvier, mais est tout en armes. Mack a quitté l’armée sans nous en rien écrire, ni dire où il allait, il a disparu, c’est l’unique mot que Salandra marque, qui commande ces débris d’armées. Voilà toute notre triste affreuse position. Si je perds le royaume de’ Naples par démocratisation ou conquête je ne survivrai point à ce malheur, en un mot, je suis très très malheureuse et, j’ose le dire, sans l’avoir méritée, pour avoir voulue être fidèle et loyale. Ma santé est perdue, et doit bien se ressentir de’ tant de’ mortels chagrins. Ma chère Belle-fille va un peu mieux, la diète de’ lait elle la digère et la continue avec une grande persévérance; elle est plusieurs heures de’ la journée levée, et la toux est moindre. Mes autres chers Enfants sont tous avec nous, souffrant des affaires et des privations en tout genre qu’il faut s’v plier. Mon cher Mari est le plus résigné et vertueux de’ tous, j’avoue, je ne puis me consoler et ce malheur-ci me tuera. Je vous recommande à votre chère amitié mes chers Enfants, nos affaires État. Je remets entre les mains de’ Gallo nos affaires, qui vous en informera mieux que je ne pourrais faire. Nous sommes dans notre relégation, sans rien savoir des affaires du Continent, de vous mon cher fils, de’ votre intéressante famille. Adieu, pardonnez, si je vous ai parlé confusément, mais la matière l’est cruellement, moi même je ne sais encore comprendre ce qu’est Naples, Aristocratie, Démocratie pour ou contre Français, voilà ce que j’ignore, ni armes artiglerie munitions, ni l’argent à nous, ni nos effets, rien rien ne se peut avoir et tout est perdu. Je loge dans des chambres à mur blanc froid et humide. Adieu c’est trop au long, mon cher fils, vous parler de mes souffrances, puissiez vous être heureux et ne jamais éprouver despareils malheurs, je vous recommande votre chère femme, mes Enfant, et croyez moi de’ cœur et pour la vie votre bien attachée Belle- Mère Tante et Amie

Palerme le 21 janvier 1799.

CHARLOTTE.

P. S.

Je joins encore ces deux lignes à ma lettre pour recommander à vos bontés les deux vieilles Mesdames de’ France. Les malheureuses Princesses sont près de’ 3 ans chez nous, elles logent à Caserte, vivaient très retirées et contentes à leurs frais, et nous ne leur donnions que la maison, deux vieux carrosses et six mauvais chevaux, elles étaient heureuses et tranquilles, reconnaissantes et pleines d’attention pour nous. Quand ce malheur général est arrivé, je leur écrivis, mais le peuple étant en insurrection elles et nous craignîmes des les faire venir en ville, et je leur proposai d’aller à Manfredonia, croyante qu’une frégate à nous y était, mais elle se trouva allée h Messine, elles restèrent tranquilles, mais comme cette partie est cédée par l’armistice, ces malheureuses Princesses auront été obligé de’ fuir, elles en moureront (561) de toutes ces peines, mais si elles arrivent vivantes, je vous les recommande, c’est une charité, j’ose dire, une hospitalité due à leur rang et naissance. Ainsi je vous prie de’ leur accorder protection et amitié, et vous obligerez infiniment celle qui, étant elle-même si malheureuse, sent plus le malheur d’autrui, étant très possible que la même chose encore m’arrive.

20

(v. l’osservazione alla pag. 389)

le 28 janvier.

Voilà, ma bien chère Enfant, une longue lacune de’ 23 jours que les mauvais temps, une mer orageuse, ne m’a pas permis au Courrier de’ partir. Que d’événements arrivés depuis, tous tristes et fatale! J’envoie par le Courrier à Gallo toutes les tristes pièces qui constatent nos malheurs. La noblesse, à peine le Roi parti, a élevé son unique voix, et malgré les lettres ordres du Roi, un Vicaire-Général, a dit qu’elle devait gouverner, soigner la tranquillité publique. Pignatelli s’est défendu, mais faiblement, on a formé à leur demande une garde civique, on leur a permis quelques autorités, ils en ont abusé; on a demandé hautement armistice, et le Général Mack le premier. Championnet a répondu ne reconnaître d’autre autorité que la ville, Pignatelli soutena et envoya, Migliano et Gesso en conclurent un infâme, sans attendre l’approbation de leur légitime Souverain et Roi, et qui leur donne en main des provinces les plus riches, les ports de’ l’Adriatique, des endroits où ils n’avaient point encore mis le pied, leur donne Capoue avec toute l’artiglerie, enfin leur cède tout hors la chère Capitale. Pignatelli dit que Mack l’a approuvé; cette infamie, signé ratifié conclu et mis en exécution, fut envoyé au Roi qui la désapprouva cassa, et comme le temps de’ mer était mauvais, envoya un Courrier de’ terre pour ne point tarder; mais deux jours après la nouvelle arriva de’ nuit sur une polacque le Vicaire Général Pignatelli chassé de’ Naples, la ville, ou soit la noblesse, s’était érigée en provisoire Comité, chassé l’autorité Royale, le peuple avait fait son insurrection, que je crois pavé guidé par eux, désarmant tout le reste de’ troupe, criant Viva Napoli e San Gennaro, avait créé leur Commandant Général Moliterno, jeune homme de’ courage, mais écervelé, le peuple s’était emparé de tous les châteaux, darse, de’ tous les endroits militaires jusqu’au Collège des Cadets, tout pillé, les châteaux sont par eux gardés, les canons de’ l’artiglerie, poudre, encore un batiment reste (apres la fatale entière destruction et brûlure de’ toute notre chère et coûteuse Marine), enfin le ministre des finances traîné traduit au tribunal de’ la noblesse et enfermé, quelques autres personnes du Gouvernement, de’ même le Vicaire Général Pignatelli menacé, la troupe jettant les armes au peuple pour s’armer, deux régiments de Cavalerie et un d’Infanterie désertait le même jour, Mack étant disparu, on ignore au jour d’aujourd’hui, et c’est 15 jours, où il est allé, ce qui fait une mauvaise sensation et beaucoup parler et conjecturer. Enfin Pignatelli partit, depuis le 15 d’alors jusqu’aujourd’hui pas une nouvelle ni une lettre du criminel Naples; des Ragusais venus disent que les coups de’ canon fusil étaient continuels, enfin un malheur inoui et pour nous incompréhensible. La noblesse ville veut se donner aux Français, faire ses pactes, être une République aristocrate, et trahit pour cela tous les plus saints devoirs par l’espoir de’ conserver leurs richesses. Le peuple est forcé, ne veut point de’ Français en ville, mais ne veut se défendre que dans la ville. Le tumulte licence est extrême, tous les prisonniers forçats, tout est libre et tout est licence anarchie; le peuple sera trompé subjugué, et ce silence de 15 jours me fait craindre que le pavillon tricolore y est déjà établi. L’unique chose qui peut encore le retenir c’est que les Français sont peu en nombre, pour l’immensité des pays qu’ils doivent couvrir et qu’ils ont pris et qu’on leur a donné et que, comme le peuple napolitain n’est point pour eux, ils y penseront deux fois avant d’y entrer dans une si immense Capitale. Mais qu’importe î L’anarchie y régne, ce pays est perdu pour nous, depuis 15 jours aucune nouvelle, aucune ligne, hélas cela me rend très triste! Nous avons tout perdu, marine toute détruite brûlée, artiglerie poudre munition magasins finances argent dépôts, arrangements de’ mes Enfants, un pays riche superbe, 5 millions d’habitants, 8 et plus rentes. Enfin notre malheur est complet, et je ne m’en remettrai jamais. La troupe de’ retour de’ Livourne et la colonne de’ Damas, un corps de’ 9 à 10 milles hommes sont arrivés, le peuple est tombé dessus, a désarmé la troupe qui est de’ concert avec eux, ôté la poudre de’ dessus la frégate et pris la frégate de’ force dans le mole pour eux, tout ceci est fatal, mais le silence est le pire de tout, durant qu’il y a de’ Marco Simonetti Corradino Spinelli l’Archevêque, tous les magistrats, et personne ne se ressouvient de son Souverain, de’ son Roi, c’est un cruel et bien triste exemple pour moi. Je puis vous assurer que je ne vis existe plus et prie Dieu de me conserver ma raison. — Votre cher Père, pour n’avoir rien à se reprocher et tenter tous les moyens, a créé le Cardinal Ruffo Vicaire-Général des Provinces qui lui sont restées, en commençant par les Calabres et tâchant de’ les animer au bien et à la fidélité. J’v compte peu, car je vois le plan trop bien concertà pour nous rendre complètement malheureuses, et cela a réussi entièrement. Je suis convaincue que le Royaume de’ Naples tout révolutionné la Sicile ne tardera guères à le suivre et la révolution y sera promptuaire et féroce, et je suis convaincue qu’aucun de’ nous en échappera en vie. Vous sentez combien cela rend ma position affligeante, je ne regarde jamais mes Enfants sans pleurer. Votre cher Père se porte, soit religion résignation, or il se porte bien et est content, il a pris une jolie maisonnette de’ campagne, bâtit cultive, le soir va au théâtre, bal masqué, est gai et je l’admire, Naples est pour lui comme les Hottentots, il n’y pense plus. François est à peu près de’ même, mais celui-là soupire encore après Naples. Mes filles, moi et mon cher Léopold, nous ne sortons pas de’ nos chambres, j’ai réellement honte de’ me faire voir après ce malheur arrivé; mes pauvres filles vivent de’ même que moi de’ privations; des chambres infâmes, non meublées, froides humides, et l’un sur l’autre; ni meubles ni même toute notre garderobe à nous a été sauvée, nous manquons de’ tout et ne devons pouvons rien faire. La maison royale au lieu de’ 600jm ducati en a 120jm à dépenser, tous nos assignements tout réduits au tiers, j’ai 120|m ducati de’ moins par an et n’ai plus que 30jm pour moi et Enfants maîtres cuisine etc. etc. Tout le monde pleure hurle se désespère, tant pour les paies diminuées que ses parents amis pays perdus. Enfin je suis comme reine mère femme maîtresse de de maison, sous tous les aspects très malheureuse. Palerme est un air humide gros, les alentours montagnes de’ pierres, nues tristes, les Palermi tai ns gens d’esprit feu, avantageux, le Peuple d’une crasse cochonnerie, tout qui surpasse l’imagination, on ne connaît point l’acier, on ne sait faire une bonne serrure; et tout selon ceci. Réellement je sens que je succomberai bientôt si je reste ici. Mes Enfants dévorent leurs peines larmes pour me soulager, ils se conduisent au mieux et mériteraient un meilleur sort. Ma Belle- Fille va un peu mieux movennant la cure de’ lait, elle se croit enceinte, moi je ne le crois point, et ne sait que désirer; elle a souvent la fièvre mais petite; si elle dit 20 mots de’ suite elle tousse, une pâleur maigreur à faire peur, elle dit toujours être bien, mais est à peine 6 à 8 heures levée et ne sorte de’ sa chambre, de’ lit. Son enfant est bien, mais elle est près de’ 3 mois et ne tient point encore sa tête, elle m’a un air et figure de’ la fille de’ votre mari de la Wurttemberg un peu, sans comprendre, je la vois caressée, mais laisse aux parents la cure physique et morale de’ l’enfant. La santé de la mère m’affecte pour elle, qui est un ange de’ bonté tranquillité pour son jeune mari; — — —— — —— — ——— —— — —— — —— — —— — —— — —— — —— — —— — —— — —— — —— — ——— (562) Son mari l’adore unique-et seulement au monde, il n’a pas même une idée, une pensée que femme au monde hors elle existe et sur cet article, par vertu religion horreur du vice, par tempérament embarras, je suis sûre de’ lui, il n’a de’ plénière confidence qu’en elle, et leur union fait plaisir à voir, et quoiqu’il aime bien soi même, l’idée de’ consomption, crachements de’ sang, ne lui fait aucune appréhension, vu son attachement pour elle, que je cultive de mon mieux, le tenant pour une bénédiction du Ciel. Par ennui elle veut les filles toujours dans sa chambre, elles y vont volontiers l’aimant beaucoup, mais moi je ne puis nier mon appréhension. Voilà ma chère Enfant, mon triste tableau sous tous les rapports: pour Naples je le crains perdu, et Dieu sait si jamais nous le recevrons; pour ici je ne suis nullement tranquille. J’espère que Gallo vous exposera, avec le zèle d’un honnête attaché homme que je le crois, nos tristes circonstances«Je me recommande à votre amitié soins, et à celle de’ votre cher mari, je ne sais dire comment et quoi, car en vérità je l’ignore moi même. Les malheureuses dames de France, ces deux vieilles Princesses, arriveront si elles le pourront à Trieste, je vous les recommande, elles méritent égards et pitié, elles ont une modique pension d’Espagne et ont eu la délicatesse de’ ne jamais rien demander, elles étaient heureuses contentes et tranquilles dans le vieux Palais de’ Caserte.

Actuellement nous sommes tous malheureux. Championnet loge dans nos chambres et se sert de’ mes meubles à Caserte, patience, ils ruinent détruisent tout et corromperont entièrement les esprits. Je me sens bien malheureuse, mais vous recommande de’ nouveau ces deux vieilles Princesses qu’un concours de’ malheureuses circonstances ne m’a pas permis de’ sauver avec nous, et que je tremble qu’elles y succombent, et c’est une douleur de’ plus et remords pour mon cœur, ainsi je vous les recommande. Adieu ma obère Enfant, dans une isle au bout du monde où je me retrouve, tonte l’Italie francisée, les mers infectées, de’ courriers, je risque d’être des mois sans avoir de’ vos nouvelles, autre peine de’ plus à mon cœur maternel; ainsi il m’en coûte de’ plus de’ finir d’écrire, mais c’est une nécessité. Adieu donc, ma chère Enfant, je vous souhaite une heureuse nouvelle année et une couche d’un enfant sain parfait et prospère, un beau garçon, mandez moi en le temps, afin que je puisse prier Dieu pour vous, voilà tout ce que je puis faire. Je vous recommande nos malheureuses perdues et pour moi incompréhensibles affaires, sovez notre advocate auprès de’ votre cher mari, ce que je vous recommande le plus et instamment, c’est d’avoir soin protection de’ mes Enfants, qu’après ma mort mes filles soient mises à la Visitation (563), qu’on les établisse ou rende Chanoinesses, Dieu vous bénira sur vos Enfants du soin que vous en aurez, elles sont bonnes retirées accoutumées aux privations, un petit toit, et elles n’incommoderont point; la Vente de’ mes bijoux et du peu que j’ai servira à les faire vivre, pourvu qu’elles aient une main qui les protège. Je ne désire plus que cela pour mourir en paix, la plus malheureuse tendre attachée mère et amie

le 27 (564) janvier 1799.

CHARLOTTE.

22

Nro. 8.

Eccellenza

A. Mi lusingo eh Ella riceverà a dovere le mie Relazioni dal di 15 sino a tutto il 21 di questo mese per mezzo del Capitano Ròdlich il quale partì da qui il dì 22 (565).

B. In quel giorno medesimo i Francesi nuovamente si avvicinarono a Napoli, ma per la strada di Capo di Chino. Anche in quella furono incontrati dal basso Popolo, e questo essendo stato sbaragliato e ri spinto divisi in tre Colonne, una venne ad appostarsi al Largo delle Pigne, una fuori di Porta Capuana, e la terza per strade oblique si portò sino sotto le mura del Castello S. E ramo, disfatto ch’ebbe un distaccamento di Napoletani che avea tentato di opporsele.

C. Il principe Moliterno si era proposto di darlo in mano ai Francesi tostoché vi si fossero accostati, ma gli conveniva di farne prima uscire i Napolitani: era perciò ricorso agli stratagemmi. Per sempre più far credere al Popolo che la sua intenzione fosse di voler fare resistenza al Nimico, avanti d’entrare in esso Castello avea istituita una Processione nella quale avesse a portarsi il Sangue di S. Gennaro, ch’egli assieme con un Popolo immenso accompagnò a piedi ignudi; col pretesto di meglio guardarli avea fatti condurre nell’¡stesso Castello tutti li Giacobbini che dalla Plebaglia erano stati chiusi in varie carceri; avea fatto spargere la voce che per mezzo della Bandiera da lui fatta esporre intendeva d’ispirare sempre maggior coraggio. Dopo tutto questo a quei che tenevano occupato il medesimo Castello avea dato ad intendere che conveniva di fare una sortita, per disfare una Truppa di Giaccobini che serano appiattati in quelle vicinanze per assaltarlo di notte tempo, e sortiti che ne furono avea alzati li ponti levatoj: con che resone padrona all’approssimarsi che fece l’accennata Colonna di Francesi l’introdusse nel Castello, e la mattina seguente vi si vide spiegata la loro Bandiera. N’era rimasto d’intelligenza col Generale in Capo Championnet sino da quando nel dì 17 si era portato ad abboccarsi con lui, e quando vi ritornò in compagnia dei Deputati dei Quartieri non avea avuto altro scopo, se non che di prevenire qualunque sospetto che avesse potuto nascere in conseguenza della precedente sua gita.

D. Tutto ciò erasi da lui maneggiato di Consenso degli Eletti Nobili della Città, li quali di più ne mandarono di poi le chiavi al suddetto Generale con fargli anche delle buone offerte, impazienti ch’egli l’avesse occupata. Tale era divenuta la sfrenata licenza del Popolaccio e tanta la sua avidità di spogliare e rapire che, se i Francesi forse l’un o l’altro giorno di più avessero tardato a venirci, oltre i nuovi e molti massacri che avrebbe commessi infallantemente avrebbe dato un sacco generale al Paese, come ben si può dedurre dagli spogli e dalle rapine che fece in ultimo luogo in più Palazzi e Case claustrali, segnatamente nel ricco Monastero di Dame di S. Gaudioso, cui appiccarono di più il fuoco dopo d averlo intieramente spogliato. Erano altresì in continuo pericolo della vita tutti gli Abitanti di Napoli, li quali fossero stati in necessità di camminare per le strade o avessero voluto affacciarsi alle finestre, giacché gli ultimi due giorni da molte case e specialmente da parecchi Conventi di Frati si spararono infinite archibugiate, e vasi da fiori si slanciarono contro quelli che armati correvano per opporsi ai Francesi, e infinite archibugiate si spararono contro le finestre; talché l’universo spavento e l’orrore per l’attuale spettacolo, accresciuto dall’apprensione di quanto questo Popolaccio fosse ancora per poter attentare, rendevano il soggiorno di Napoli il più lugubre e il più funesto che mai si possa immaginare. Non fu rispettato nemmeno il Palazzo dell’Ambasciata, oltre d’essersi la penultima sera dati dei furiosi colpi nel Portone perché si spalancasse, dalla quale pretesa bensì mi riuscì di far desistere gli aggressori a forza di qualche denaro, l’ultima essendo state sparate due archibugiate contro lo stesso Portone.

E. In si deplorabili circostanze ritrovandosi questo misero Paese furono riguardati quali Angeli discesi dal Cielo li Francesi delle suddette prime Colonne li quali, mentre il Popolaccio, essendo precorsa una voce che gli era lecito di farlo, stava intento a dare il sacco al Palazzo Reale, entrarono in Napoli la mattina del dì 23, giornata del mese che, secondo il linguaggio dei nostri Padri, potrebbe dirsi climaterica per questo Regno, ai 23 del novembre essendosi mosso l’Esercito del Re dall’accampamento di S. Germano, e ai 23 di dicembre avendo egli fatto vela per Palermo.

F. Alla testa d’un distaccamento di Cavalleria seguito da due cannoni e di buon numero d’Infanteria, in mezzo allo Stato maggiore, traile acclamazioni in quell’istesso giorno il Generale in Capo cavalcò per le strade principali della Città, preceduto da un Plebeo (566) pure cavallo il quale andava gridando: Viva S. Gennaro, viva la libertà! e assicurando il Popolo che il suo santo Protettore si sarebbe rispettato, come in fatti il Generale vi fece poi mettere delle Guardie Francesi e andò a visitarlo egli stesso. Degli altri tre Castelli quello dell’Uovo e il Castel Nuovo gli furono aperti senza alcuna resistenza, e quello del Carmino fu da lui espugnato a colpi di cannone.

G. L’indomani si vide affisso per le Cantonate della Città un suo Proclama, col quale traile altre cose assicurava i Napolitani che resterebbe intatta la loro Religione e sarebbero rispettate le proprietà di ciascuno.

H. Jeridì poi ne uscì un altro il di cui essenziale contiene che Napoli è dichiarato Repubblica, che questa provvisoriamente è rappresentata da vent’uno Cittadini, che l’Assemblea di questi Rappresentanti è investita dell’Autorità legislativa ed esecutiva sino all’organizzazione del Governo constituzionale e che i Decreti dell’istessa Assemblea non avranno forza di legge se non dopo d’essere stati sanzionati dal Generale in Capo.

I. La Città in ora è quieta e tranquilla per le provvide cure dello stesso Generale, il quale altresì è pieno di umanità e di moderazione. Vi corrisponde anche. il suo ¿ratto manieroso e cortese. Lo esperimentai io in particolare all’occasione che il giorno seguente al suo arrivo stimai a proposito di fargli una visita. Intenzionato di. pregarlo con tale incontro che mi facesse rilasciare una salva guardia tanto per il Palazzo dell’Ambasciata quanto per quello che è di proprietà di S. M. l’Imperatore, come pure per gli Sudditi Imperiali, fui prevenuto con avermi egli offerta una sua carta rapporto al primo, sotto alla quale, pure di. suo proprio, egli aggiunse che, da me richiedendosi, mi si dovesse dare. una forza armata, e promise chemi avrebbe mandati parecchi Foglj di Salva guardia stampati, chi da un’ora all’altra dallo Stampatore stava aspettando. Trattenuto mi con lui alcun tempo in famigliari discorsi mi fece capire tra le altre cose, che alla Repubblica Francese èra cara l’amicizia dell’Imperatore e si espresse che supponeva non le sarebbe anzi stato discaro se le fosse alleato. :

L. Oggidì per di lui disposizione essendosi riaperto il corso delle lettere, ho stimato mio dovere di non ommettere di profittarne per inviarle la presente e per rinuovarle le proteste dell’ossequioso rispetto col quale, in attenzione sempre di sue venerate istruzioni, ho l’onore di raffermarmi a Vostra Eccellenza umilissimo devotissimo obbligatissimo Servitore

Napoli 26 Gennaro 1799.

CRESCERI.

23(567)

Ma bien chère Enfant, je profite de’ l’occasion du courrier que Kofi envoya pour voue écrire de’ la relégation où je me trouve; depuis novembre je n’ai aucune de’ vos nouvelles et cela dans des moments aussi essentiels pour nous, pas même encore de’ réponse au malheureux courrier qui vous apporta la nouvelle de’ notre sortie si infortunée des frontières, beaucoup mine à toutes nos consécutives disgrâces. Notre position devient toujours plus peineuse, je ne ne sais plus que penser de’ tout ce qui arrive. Gallo est parti le 21 décembre de’ Naples, il devait courir en courrier, et nous apprenons, non de’ lui, mais indirectement, que le 21 janvier il était encore à Brindisi; ainsi toutes nos nouvelles lettres prières ne vous sont point parvenues. — Mack a tout quittà et sans écrire ici une ligne est parti, cela fait un affreux effet et fait tenir les discours les plus absurde et les conjectures les plus injurieuses. Tout le pays à son départ et à celui du Vicaire Général Pignatelli s’est révolté, le tocsin a sonné partout, une insinuation perfide a trompé le peuple bon et attaché en les animant à désarmer la troupe qui a trahi, cela a été exécuté avec une fureur et violence incrovable, canons fusils tout a été ôté à tous les soldats généraux blessés, d’autres traduit au tribunal de la ville où les ingrats Élus tous de’ la noblesse présidaient et où 2 Capitaines Généraux élus par eux, Moliterno et Rocca Romana, deux polissons, deux jeunes gens qui ne sont bons qu’à courir à cheval et que nous avons comblé de’ bontés, sont les commandants. On animait, promettait aux bons officiers grades etc. etc. pour servir la République, et de’ fait pas un Napolitain est venu, les Étrangers et Siciliens ont tenu ferme, et même pas tous, et exigé de’ venir et avoir passeport pour aller près de’ leurs Souverains légitimes. Le peuple était tout armé et sans frein, une criminelle anarchie; malgré cela il ne pillait ni saccageait, mais hurlait criait vouloir tuer les Jacobins et ne point laisser entrer les Français. La ville et le mauvais sujet de’ Moliterno (fils du Prince Marsico) allait et venait avec beaucoup de’ la Noblesse à Caserte à traiter avec Championnet et faire leurs conditions, ajuster leur iniquité et probablement se vendre. Le peuple qui était toujours dans les bons principes et qu’on a indignement trahi, le peuple commença à prendre soupçon de’ Moliterno et se décida à tuer les Jacobins, il trouva au Duc de’ la Torre une lettre française, le tua avec son frère et un moine (et j’avoue, je crois que le peuple avait grandement raison), il commença à murmurer de’ son Capitaine Généra Moliterno, d’autres de’ Cassano, Medici etc. etc. Cela alarma ceux qui sentaient leurs crimes, on fit sortir la statue de’ St. Janvier, on joua l’imposture même de’ cette dévotion et St. Protecteur; on le promena par toute la ville, le Clergé prêchait tranquillité calme, et le coquin de’ Moliterno, jeune homme sans religion moeurs ni principes, pour gagner popularité porta l’étendard nu pied; après à procession fini le peuple un peu calme, il prit la famille amis parents et conjurés, et se retira au Château St. Elme d’où il chassa tous ceux qui n’étaient pas de’ son parti et s’enferma avec ses conjurés. Le peuple animé de’ haine contre les Jacobins, de fidélité au Roi, se porta a Capo di Chino, érigea des batteries, mit des canons avant la grotte de’ Puzzuoli, des autres au pont de’ la Madelaine, des autres à Poggio Reale, fit garde et plus de’ 10[m hommes en armes y furent sans chef ni conducteur. Entre temps l’infâme noblesse et parti Jacobin premier et 2° Ceto firent appeler, donnèrent nouvelles de’ tout aux Français qui vinrent en 4 colonnes; le malheureux et fidèle peuple se battit en héros sans chef, sans troupes, pendant 3 jours, les Français ne purent pénétrer, les gens de’ St. Lucia, ceux de’ Mercato Conceria se sont immortalisés, les chefs à eux couraient, donnaient pain et vin gratis aux combattants, criaient pour Dieu et notre Roi, point des Français chez nous; cela fut si fort, en train an t des canons de 24, de’ 32, et massacrant quoique non experts, une horreur de’ Français qu’il demandèrent à 4 heures de’ nuit un armistice de’ quelques heures que le Peuple ne leur accorda point, les Français harassés se jettérent vers les Paduli et alors ceux de’ San Giovanni Anteduci (568), toujours entre eux et sans chefs, en firent un affreux massacre. Au milieu de’ ces prodiges de’ valeur et fidélité, un peuple sans chef, sans soldats, l’infâme Moliterno, son exécrable parti Jacobin fit vepir de’ nuit par Capo di Monte une grosse colonne, la fit introduire à St. Elme et descendre par les chemins de’ la Madonna di 7 dolori et prendre tout ce malheureux peuple par les épaules. Alors le parti Jacobin haussa la tête, on arbora l’étendard infâme de’ la République Vésuvienne, bleu jaune et blanc, les Seigneurs donnèrent à leurs domestiques le plaisir du sac au Palais, le cocher de Cassano à la tête; 3 heures détruisit le palais jusqu’aux fenêtres croisières terrasses écuries chevaux, tout palais n’a plus que les murs. De là Championnet ordonna ville qui s’était (et si bien) défendue le sac pendant 18 heures, mais comme cela touchait la noblesse de’ près quelle lui avait été si fidèle, le pauvre vieux Archevêque, le Clergé, le coquin de’ Capitain Général, toute la noblesse intercéda et cela fut changé dans une énorme somme de’ 4 ou 6 millions à paver dans peu, ce dont je n’ai ni compassion ni douleur, car ceux qui paveront le méritent bien; on ordonna le désarmement général sous peine de’ mort et en peu d’heures tout le fidèle Peuple, mais lors fatigué avili, fut désarmé. Championnet prudemment se retira au Château Neuf, on célébra la République Liberté, obligea tous à crier «Vive la liberté,» celui qui se taisait on tirait sur lui, et on créa les 5 directeurs: Mario Pagano, un homme profondément scélérat, ma de’ grands talents, qui a été juge de’ l’amirauté; Père Caputo Bénédictin moine, prêtre théologien, instituteur ami intime de’ Gallo et qui a corrompu beaucoup de’ jeunesse; Fasulo ami créature de’ Medici, avocat— les trois ont été enfermés trois ans comme Jacobins et relâchés par faiblesse et manège des mêmes Jacobins avec le Gouvernement—; Flavio Pirelli Ministre du Roi est le 4me Directeur, c’est celui qui a défendu les Jacobins dans leur procès; le 5me est Zarillo un Antiquaire, méchante langue, qui a volé à Capo di Monte des camées au Roi et en a été òté, et pour lequel tout Naples alors s’intéressa. Le peuple fidèle est avili, désarmé et, je tremble d’apprendre, leurs chefs fusillés — ils ont perdu 8|m à 10[m hommes en trois jours d’enragés combats, ils ont tué des Français en grand nombre au point qu’on a été obligé de brûler des monceaux de’ cadavres, crainte de’ peste —, enfin le fidèle Peuple a fait ce qu’il a pu, actuellement il est dompté désarmé avili, les coquins triomphent, par ordre de’ la République on a détruit chassé péché tout endroit appartenant au Tyran, voilà l’expression, enfin des horreurs qui font désespérer! Nous ne recevons ni lettres ni bateaux ni nouvelles, tout le monde nous a oublié et ne se souvient de’ nous que pour nous trahir, point de poste, rien ne vient, on a ordonné peine de’ mort tout homme ou lettres que de’ Palerme on laissât introduire. Nous avons beaucoup de gens, entre autres Caracciolo de’ la marine que nous avons toujours distingué, qui demande retourner à Naples: ce sont autant de’ coups de poignard, en un mot, je suis vive encore et en suis étonnée. Votre cher Père supportait le malheur avec plus de’ résignation; mais depuis la formation de’ la République, la mort de’ tant de’ fidèle peuple, le mépris que ces misérables lui témoignent et l’effet très pernicieux que cela fait ici, il est excessivement triste affecté et me fait une peine infinie. François de’ même, ma Belle-Fille va un peu mieux, quoiqu’elle ait encore craché du sang, elle prend le lait qu’elle digère bien, la fièvre vient rarement, mais à chaques vingt paroles elle tousse, en un mot elle est étique assurée, mais point à sa fin prochaine, je ferais tout au mond pour elle, car elle le mérite, mais je crains qu’un autre voyage de mer ou épouvante ne la tue. Vos sœurs sont toutes affligées et défaites, chaque jour elles pleurent: tout leur manque, elle ne s’en plaignent point, mais pleurent leurs gens connaissances; enfin elles sont très malheureuses et vertueuses victimes de’ mon triste sort. Le pauvre Léopold se néglige gâte, on ne peut l’élever manquant de moyens et secours. Je ne vous parle pas de’ moi, je suis complètement malheureuse, je n’ose même rien faire ni dépaqueter ni m’arranger; j’ignore quel sera notre sort; je vis encore dans des murs blancs n’osant ni dépenser ni rien faire. On tâche de’ mettre la Sicile en défense, mais sans marine, sans soldats ni artiglerie, tout tout avant été pris ou détruit à Naples, cela est bien difficile. On travaille beaucoup ce pays, l’idée française ne séduit point, mais l’idée république à soi est un dangereux appât. Enfin je suis excessivement malheureuse et moi même étonne que je vis encore, vu mon état de’ peines larmes et transes; nous sommes d’ailleurs dans une isle, logés deux milles loin de’ la mer, devant traverser toute la ville pour être à même de’ s’embarquer; je ne prévois que du funeste et le cœur ne me saigne que pour mes Enfants, car pour moi je n’ai que trop vécu, je ne vois jouis de rien, car je suis convaincue que cela ne peut durer, enfin je suis complètement malheureuse. — Dans cet état que puisje vous dire et de quoi vous prier, je ne le sais moi-même, depuis trois mois sans aucune nouvelle du Continent, j’ignore même ce que vous pensez sur notre compte. Gallo n’arrive point, soit causalité ou mauvaise volonté; nous sommes trompés trahis de’ toute part et je ne désire que de’ finir ma triste carrière et que mes Enfants soient en sûreté.

Le 11 février.

Ma bien chère Enfant, je vous continue mon triste journal de’ ma vie, je tâche de’ diminuer mes lamentations pour ne point trop affecter votre cœur, mais tout, même les choses les plus innocentes, combinent contre nous. Je ne sors presque jamais; aujourd’hui partie par complaisance pour soulager votre cher Père, parti pour la belle journée, je suis sortie, l’essieu s’est cassé de’ botte et nous avons tellement versé, moi dessous et votre cher Père sur moi, que les gens nous croyaient tués; grâce au Ciel, votre cher Père a une légère contusion au front, moi au genou bras et un peu à la tête, mais tout chose de rien; nos domestiques sont tous trois, et un grièvement, blessés à la tête, et cela est arrivé au milieu de’ la rue principale du Cassero. Enfin cela est passé, je désirerais que les autres malheurs le fussent de’ même, mais bien loin de’ là, chaque jour naissent de’ petites insurrections en Sicile eh plusieurs endroits et tout se prépare pour une explosion générale. Dieu veuille l’empêcher et laisser au moins la bonne saison venir; car des dangers dans l’équinoxe et l’Adriatique tueraient mes enfants qui déjà souffrent tant. En un mot, ma bien chère Thérèse, je suis très triste et ne puis me remettre, la Providence fera de’ nous ce que bon lui semblera.

Le 17 Février.

Je termine, ma bien chère Enfant, cette triste Jérémiade, mon âme est bien noire, on menace beaucoup la chute de’ Messine, et si elle s’effectue nous sommes perdus indubitablement tous. Jugez de’ mes inquiétudes! Le Royaume de’ Naples est entièrement démocratisé, à peine une ou deux petites villes tiennent encore bon par les soins du Cardinal Ruffo qui y anime avec un zèle incroyable une espèce de’ croisade. De Parme on écrit l’Archiduchesse Amélie morte (569), je l’ai caché à ma Belle-Fille à cause de’ sa faible santé et attends des nouvelles plus sûres. Cette privation de’ tout savoir d’êtres si chères me tue, Dieu veuille que nous puissions nous soutenir en Sicile, mais je suis très inquiète. Je vous bénis embrasse, désire vos nouvelles et suis votre tendre mère et amie

CHARLOTTE.

une lettre pour la chère Louise (570) 2 feuilles en chiffre.

23

(Scritta con sugo di limone, e con cifre tra le righe della prima pagina, scritte con inchiostro nero.)

Le 9 février 1799.

Ma bien chère Enfant, pensant à votre état je n’ose qu’avec peine vous dépeindre le mien, pour ne vous point affecter; mais j’avoue, il est nécessaire que vous savez notre situation et mes projets, sauf si j’aurai assez de’ bonheur pour les pouvoir exécuter. Voici notre position: Naples est entièrement perdu, non seulement nous n’en avons plus un sou, mais une 80 à 100 personnes échappées des horreurs, restées fidèles, il faut leur donner à vivre. La Sicile rend très peu, et tout se doit employer à la défense où tout manque; car après la bataille de’ Nelson et la des traction de l’Escadre française on a cru qu’il n’y avait plus de’ danger pour la Sicile et tout a été perdu, et nous sommes actuellement sans marine canons fusils munition, sans rien, menacé des Français et de’ nos infâmes rebelles, j’avoue, cette position est affreuse! Le pays qui a beaucoup de’ sagacité esprit, le sent et craint que, n’ayant pas assez de’ moyens, ils seront victimes et voudraient faire sous mains avec les Français leurs conditions. Nous avons le plus grand des dangers ici, et je n’ose y penser sans frémir pour vos sœurs et frères, car nous n’avons que trop vécu; ce paysci, les gens sont féroces et sanguinaires. Nous logeons au palais deux milles éloignées de’ la mer, devant passer par une rue appelée Cassero, plus peuplée que Toledo, tant de’ personnes de’ famille, jamais ici nous en sortirons vifs! Voilà donc quel serait mon souhait: d’avoir deux ou 3 Vaisseaux anglais, y embarquer mes trois filles, Léopold, ma Belle-Fille, si les médecins croient que cela ne la tuera point, et son enfant, le très peu d’argent hardes bijoux à nous, ensuite le reste rester, le Roi moi mon fils, à mourir ou nous sauver, mais je désirerais mes Enfants sauvés. Mon idée serait de’ vous les envoyer, exigeant par pacte exprès qu’elles soient mises en dépôt à la Visitation et le garçon à còtà d’eux au Belvedere, qu’ils vivent à nos frais; car si nous pouvons sauver le peu à nous, nous aurons 30[m à 40pu Francs de’ rente, tout sera calculé, mais je ne veux vivre aux frais de’ personne, j’aimerais mieux brouter l’herbe. La grande difficultà sera d’avoir et pouvoir détacher 3 Vaisseaux sans risquer la Sicile, l’autre sera le désespoir de’ mes enfants, je ne compte le mien, car l’idée de’ les sauver du très grand danger qu’ils courent me fera consoler de’ cette mortelle séparation. Le jour que je les saurai à Vienne je baiserai la terre et arroserai de’ mes larmes le Dieu de’ Miséricorde qui les a sauvé, alors je me dévoué avec plaisir et ne quitterai point la Sicile, dussent tous les poignards jacobins me percer. Naples a prouvé ce qu’il y avait, ils commettent des atrocités horreurs contre tout ce qui appartenait, était fidèle au Roi ou à moi, ils sont enragés, et le disent, de’ n’avoir pu nous traîner sur le gibet, et s’en vengent sur des innocents, ils arment terre et mer, envoyent assassins des corrupteurs, je désirerais mes Enfants en sûreté et me moquerais de’ tout. J’ignore si Gallo est à Vienne, ce qu’il fait. Son neveu Comte Rocca, ses amis instituteurs sont des scélérats, il répugne à mon cœur de’ le croire tel, mais d’avoir été le 21 janvier encore à Brindisi sans donner à nous signe de vie, de’ vendre ici à Palerme tous ses effets, tout ceci est louche; le Roi le croit traître, moi cela me répugne et j’espère avoir raison, mais tout ce qui arrive est fait pour donner soupçon (571). Je suis convaincue que nous ne serons pour 4 mois à Palerme sans y avoir la révolution et alors gare le massacre à nous tous. Si la saison était plus sûre et le voyage moins long, je risquerais tout pour renvoyer mes Enfants et les mettre en sûreté, mais hélas nos circonstances sont cruelles. — Je suis fâchée de’ vous affecter et c’est bien malgré moi, aussi je (ne) vous dis que l’indispensable. Adieu ¡e compte sur votre tendresse sûreté, que vous aurez soin de mettre vos sœurs au Couvent et de’ permettre et suivre en tout ce que je tracerai. Adieu, quel temps, quel siècle pour moi! Enfants à part je ne désire que le tombeau. Adieu, puisse le Ciel vous rendre heureuse, vous préserver de’ tous les malheurs qui déchirent mon malheureux cœur. Je vous embrasse bénis et vous assure que je suis la plus tendre comme la plus malheureuse des mères. Adieu.

Palerme le 17 février.

(Altro foglio doppio, ngualmentc scritto con sugo di limons, salvo sulla prima pagina cifre scricte con inchiostro nero.)

Je joins encore cette feuille, ma bien chère Enfant, pour recommander nos intérêts à votre chère amitié. Nous avons expédié à Corfou implorer au moins 3|m Russes pour la Citadelle de’ Messine; cette ville est très mal pensante, tout le reste de’ notre malheureuse détruite marine s’v trouve en 2 vaisseaux 4 frégates 4 corvettes 6 galiotes; si nous les devons perdre en perdant tout, je voudrais au moins les donner à des amis comme vous autres, cela vous défendrait vos États italiens, Litoral, qu’après la perte des nôtres je crains ne vous restera pas bien assuré. Enfin je suis très malheureuse. Messine se montre très mal et n’a aucune force réelle pour la contenir, si elle est révolutionnée ou prise par les Français toute la Sicile est perdue et votre malheureuse famille aussi, car ou massacrée ou mise en prison ou errante dans l’équinoxe et mourante en mer, que Dieu sait combien y périront do mes chères enfants, petit-enfants, belle-fille dans le dangereux Adriatique. Votre cher Père voudrait aller en Angleterre, j’y ai une répugnance invincible pour bien de’ motifs, et aussi l’économie; je préférerais encore Péra ou Constantinople pour ne point vous incommoder; si la traverse était faite et que je sentisse vous peser, une petite ville d’Empire m’offrirait un asile; en un mot je ne sais me fixer, tous offrant de’ difficultés insurmontables et je crains un jour tout à coup la chose devienne indispensable, car nous ne pouvons assister ou rester auprès l’arbre fatale planté. Enfin notre malheur est à son comble et il n’y a que notre sainte religion qui me fait encore vivre, sans cela j’aurais fini mes malheurs qui sont au delà de’ mes forces. J’ignore, ma chère Enfant, quand vous devez accoucher, que Dieu vous rende heureuse et contente, ce sont mes voeux bien sincères. Si jamais nous sommes obligés de’ partir, que nous le puissions exécuter et que vous nous accordassiez asile, une retraite, petite ville de’ province, une campagne, çouvent à des êtres comme nous qui ne pouvons plus nous montrer, et certes que nous n’aurons jamais de’ Cour ni ferons le pendant à Milan (572). Les compagnons de’ notre infortune feront maison avec nous et ¿lèveront nos Enfants pour nous sauver. Si des Turques Russes ne viennent au plutôt cela deviendra plus difficile, l’esprit sera plus corrompu et on ne se prêtera pas si facilement. Dans ce moment-ci je crois le gros de’ la nation et surtout du Peuple encore bon. Vous aurez déjà vu Mack (573), veuillez me dire ce qu’il dit; son départ en toute cérémonie avec passeport de’ Championnet et tout son bagage, après qu’il nous avait promis, et écrit et de’ voix, de’ venir même avec cent hommes en Calabre — ce départ et la forme m’a confondu humilié et je ne sais qu’un juger. Si votre mari peut ou veut envoyer des troupes, par Barletta Manfredonia pour nous serait le meilleur, pour lui Ferrara Bologne Rome, il n’y a personne, car tout est venu nous piller. Le Pape est mort diton, Dieu veuille que l’élection se fasse légitimement et d’un saint homme et point un intriguant. Enfin tout dépend des grandes Puissances, nous autres sommes écrasés, je m’humilie avant Dieu et ne pleurs que le sort de’ mes chères bien aimés Enfants. Si la Sicile peut (mais ce sera un miracle de’ Dieu) se soutenir, je me fiatte avec des troupes étrangères, un menacement de’ bombardement, animer le Peuple de’ chasser Français et Jacobins, car le peuple est bien pensant et cela pourrait encore se réparer; mais si cette habitude de licence effrénée, libertinage irréligion se prend, si la moitié de la nation se rend si coupable par les crimes qu’elle commet qu’elle n’ose plus en relever, tout en sera dit et cela ne reviendra plus, voilà mon opinion. J’ignore absolument ce qui en sera de’ nous: la saison, le manque de’ bâtiment, durant que les maudits Français ont trois ou 4 vaisseaux à Ancone, tout ceci n’ose me faire risquer en peu de’ nombre mes bien aimés Enfants. Quelque soit notre triste sort conservez vous et conservez nous votre amitié, c’est surtout pour vos Soeurs que je l’implore, elles le méritent. Cultivez nous un peu l’amitié de’ votre cher mari, dites nous ce qui en est arrivé de’ Gallo depuis le 6 (574), mais je n’ai plus de’ ses nouvelles. Ménagez votre santé. Conduisez vous toujours comme jusqu’à présent en brave honnête femme et bonne mère, croyez que ce n’est que par la vertu et sainte Religion qu’on est heureux. Ce sont les conseils, peut-être les derniers d’une mère qui vous a toujours tendrement aimé, qui vous chérit encore, vous donne sa maternelle bénédiction et vous assure de’ toute sa tendresse. Adieu.

24

Le 20 février 1799.

Dans le malheureux exil où je vis absolument éloignée de’ toute nouvelle je commencerai, pour moins souffrir de’ cette privation, de’ vous écrire, ma chère Enfant, journellement un peu et ainsi un peu me soulager, comme aussi pour que l’ouvrage au dernier moment d’une expédition de’ courrier ne soit point si considérable, ma santé même souffrant en écrivant des heures entières. Ce parfait silence de’ chez vous nous tue, d’ailleurs je calcule que votre terme pour accoucher ne doit point être éloigné, cela augmente mes inquiétudes soins et les prières au Seigneur pour votre santé et bonheur. Que puis-je vous dire de’ nous? Nous sommes parfaitement malheureux, je suis étonnée n’être point encore aveugle à force de’ pleurer, je ne puis m’accoutumer à notre malheur ni à la Sicile; toutes les peu fois que je sors la tristesse m’en augmente, et enfin je suis très peinée, je me couche le soir et me relève le matin avec la crainte d’apprendre Messine perdue et cette perte entraînera celle de’ l’État entier. Enfin Dieu veuille avoir pitié de’ nous! Ma Belle-Fille commence à meilleurer, elle a meilleure couleur et se nourrit un peu, elle se croit enceinte et je commence à le croire aussi, une grossesse, couche heureuse et bien soignée pourrait la sauver, j’en serais enchantée. Adieu je vous embrasse tendrement, souffre beaucoup de’ ce cruel manque de nouvelle et suis votre tendre mère et amie pour la vie.

Le 21 février jeudi.

Point de nouvelles de’ ma chère Enfant, de’ personne du Continent, nous sommes toujours comme hors du monde et cela me rend bien triste. J’ai été aujourd’hui un peu promener avec mes chères et malheureux Enfants vers Monreale, mais le régulier quand je sors est l’augmentation de’ ma tristesse, tout me déplaisant si mortellementi Nos nouvelles de’ Calabre ont été un peu moins funestes, le brave Cardinal Ruffo a fait un petit corps de’ 400 hommes qui marchent avec lui, plusieurs arbres de’ la liberté ont été jettés bas et il a munis tous ses gens d’une croix blanche, il prêche au milieu des rues, enfin il y met un zèle infini. L’ordre est venu aux seuls Calabres de’ paver deux millions et demi de’ ducati immédiatement à la République française. Dieu veuille que cela fasse soulever tes peuples contré eux! Enfin nous ne vivons que d’inquiétudes et Sursauts, quelque soit mon sort, comptez toujours sur mon bien tendre sincère attachement.

Le 22 vendredi.

J’ai passé une bien triste journée, même très incommode, mais tels elles s’écouleront toutes dorénavant pour moi. Le soir est arrivé deux bâtiments, un Ragusais l’autre Impérial, ils portent grand nombre de’ Siciliens qui tous s’enfuient de’ Naples, dégoûtés du désordre tuage, personne ne veut retourner ni venir nous voir, nous recevons toutes les preuves de’ la plus noire ingratitude, mais il faut s’humilier. Le peuple continue de’ nuit à massacrer des Français qui sont très mal vu du peuple, les vivres commencent à manquer et en tout ils sentent le besoin, enfin ils ne sont que 6000jm hommes desquels 450 ont déjà de’ nuit été tués, enfin une petite force remédierait tout, mais cette force n’y est pas, enfin il faut prier Dieu et espérer seul de’ lui. Adieu, je vous embrasse.

Le 26.

Toujours sans aucune de’ vos nouvelles, ma bien chère Enfant, j’avoue ceci surpasse toutes les idées, le temps de’ mer est beau et cela depuis plus de’ 15 jours, et rien n’arrive, j’ignore depuis novembre vos nouvelles et si vous savez ou ignorez nos malheurs, j’en suis profondément affectée. Nous avons reçu ces derniers jours plusieures nouvelles de’ Naples de’ passagers enfuis à la rigueur des lois et perquisitions, ils raccontent que tout est en pleine républication, que toute la ville et environs a des arbres plantés de la soi-disant liberté, que chacun est municipaliste et porte au bras le tricolor bleu jaune et rouge, que les Employés portent la même écharpe en bandoulière, que tout le monde sans exception fait la garde nationale, que les Militaires logent chez les particuliers, mangent vivent à leur dépens, sortent avec leurs voitures. Ils ont imposé deux millions et demie en peu de’ jours en numéraire et 15 millions aux provinces, tout cela Ducati; on joue les pièces les plus infâmes, la fuite du Roi et pareilles galanteries, et cela s’approuve; le Palais, toutes nos maisons propriétés biens de’ nos Enfants, a été saccagé, les gens les plus comblés de’ bienfaits servent la République, militaires civils Employés, et c’est à qui peut renchérir en coquinerie, des imprimés infâmes, enfin des choses dont je ne croyais jamais Naples capable se font et me percent le cœur. Enfin avec la meilleure volontà du bas peuple et le dégoût de’ bien des autres, malgré tout cela Naples ne reviendra jamais sans une force du déhors, toit celle de’ votre cher mari ou des Russes, enfin Dieu nous aidera. Il y a des rassemblements en Pouille Abruzzo et en Calabre, dans la Romagna le mécontentement éclate aussi de’ tous les còtés et je crois, si on voulait y aller de’ bonne foi, ce serait peut-être le moment de délivrer l’Italie entière de’ ces monstres, et alors je bénirais toutes mes énormes pertes faites comme mes mortels chagrins et douleurs; tous les gens les plus bénéficiés sont ceux qui se sont le plus mal conduit, cela rend la vie odieuse. Adieu ma chère Enfant, puissai-je bientôt avoir de’ vos nouvelles, car depuis novembre je n’ai eu aucune nouvelle,

Le 19 mars.

Ma bien chère Enfant, point de’ nouvelles, il faut avouer que cela est bien triste et cruel, je ne sais plus que penser, pourvu que vous vous portez bien je dois être contente, mais le silence de’ cinq mois dans nos circonstances fait le plus mauvais efiet et me cause même par là bien de’ chagrin. J’ai appris par la voie de’ Parme que l’Archiduchesse Amélie était morte, mais sans aucun détail du comment ni de’ la maladie, j’ai supprimé cette lettre à ma Belle-Fille qui est encore faible quoiqu’elle va beaucoup mieux et je la crois même enceinte; je verrais à l’arrivée, si jamais courrier arrive, ce qui en est et ce qu’il faut dire et l’v préparer. Ma Belle-Fille va mieux, elle n’a plus craché de’ sang, la fièvre le soir ne vient plus et la toux est moins fréquente, je commence même à la croire enceinte, mais elle est très délicate faible, et ne pourra vivre qu’à force de’ soins et attentions; au reste c’est la meilleure enfant du monde, et il n’y a jamais une parole entre nous ni la moindre tracasserie et je la gêne en rien, elle est adorée de son mari et ses bellessœurs l’aiment beaucoup. Ma santà souffre beaucoup, vous vous en apercevez au style de ma lettre et à mon écriture; mes tournements de’ tête, mes attaques me sont retournés et me rendent très malheureuse, m’empêchant et difficultant toute application, unique ressource dans ma plus que triste situation. Vos seurs se portent bien et font ma compagnie et consolation, elles se conduisent très bien dans notre commun malheur, Nous brodons actuellement un drapeau pour les Calabrais qui se conduisent très bien, ils ont jetà les arbres de la fausse libertà par terre et marchent en avant sous les ordres du Vicaire Général Ruffo, et ils font de’ grands progrès. Les autres provinces, à ce que nous en savons par des on dit (car nos Républicains Napolitains nous empêchent toute nouvelle et communication et arrêtent tous ceux que par différentes voies nous y envovons; malgré cela nous savons que les Provinces sont toutes en insurrection, qu’à Naples le mécontentement y est général, la pénurie aussi. Le Peuple est tout pour le Roi, mais peu de’ nobles et demie-noblesse font tout le mal et enchérissent sur les coquineries même des Français par des écrits exécrables, des horreurs en tout genre, cela fait pleurer larmes de’ sang les ingratitudes que l’on éprouve. Avec tout cela je suis persuadée qu’avec un peu de’ forces étrangères tout se remettra; d’abord on nous en fait espérer des Turques et Russes, j’aurais désiré avoir cette obligation à nos Enfants et Alliés, mais en défaut et impossibilité, de’ quiconque viendra à notre secours je suis convaincue que, si on s’y prend, l’Italie vu les dispositions où elle est toute et le peu de possibilité des Français d’envoyer des renforts, toute l’Italie se purgerait de’ ces monstres et je bénirais mes souffrances pour obtenir ce bienfait. Ah combien des choses, ma chère Enfant, j’aurais encore à vous dire, mais ma tête me tourmente. Embrassez en mon nom tous vos chers Enfants, avez bien soin de’ vous dans vos couches qui, je crois, s’approchent, recommandez nous à l’amitié de votre cher mari, je vous recommande nos intérêts et ma chère famille et suis pour la vie votre bien attachée Mère et amie.

Le 19 mars 1799.

CHARLOTTE.

25

Ma bien chère fille, ce sera le malheureux Barco qui aura l’honneur de vous apporter cette lettre, je n’ai pu la lui refuser, avant femme et enfants. Il s’est conduit comme soldat avec courage et honneur, tout le reste j’ai été trop éloignée occupée pour en juger. Le Roi votre père dans les présentes circonstances doit restreindre ses dépenses, n’avant plus les moyens. Barco, Adjutant de’ Mack, dont le nom fera pour un siècle au moins tressaillir tout sujet des Deux Siciles, n’aurait pas été toléré en Sicile d’ailleurs; il a été avec Championnet longtemps à Naples, et ce n’est qu’au départ du scélérat Moliterno pour Paris, avec lequel il était lié, qu’il est venu ici. Tout cela a fait que le Roi ne l’a voulu ni à son service ni permettre de’ se montrer à Palerme; malgré cela, c’est un homme perdu avec femme enfants, je le recommande à votre charité et bonté, mais dois dire la vérité pour ne point tromper. J’espère que votre chère santé est bonne. D’être depuis novembre sans vos nouvelles est cruel, Dieu sait quand celle-ci vous arrivera; je me borne donc à vous recommander le porteur de’ celle-ci, d’avoir pour lui et sa famille miséricorde. Adieu, croyez moi pour la vie votre bien attachée Mère et Amie.

Palerme le 15 Mars 1799.

fonte

https://www.eleaml.org/ne/stampa2s/1885-Fabrizio-Ruffo-Barone-von-HELFERT-2025.html#DOCUMENTI

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